La discipline physique.

 Après une première année dans une classe mixte, il devenait essentiel de me transférer dans une école pour garçon seulement. Il fallait éloigner les garçons des filles. On ne sait jamais. J’ai été inscrit à l’Académie Saint-Michel, située rue Lorne (maintenant des condos), une école dirigée par les Clercs de Saint-Viateur.

Dans ce temps-là, si on ne réussissait pas les examens de fin d’année, on doublait avec le résultat que nous avions dans nos classes des élèves beaucoup plus âgés que nous. Plusieurs étaient des élèves problématiques et la discipline en classe était quelques fois difficile à imposer.

Pas de psychologues, pas de psychoéducateurs, pas de travailleurs sociaux, mais une discipline sévère accompagnée de punitions physiques. Dans l’une de mes classes, la règle à mesurer en bois sur les doigts était l’outil de prédilection. Les règles en bois étaient des commandites de la compagnie 7up et elles étaient destinées aux élèves. Plutôt que de les distribuer l’un de mes professeurs les gardait dans un tiroir verrouillé de son bureau et il s’en servait pour discipliner les élèves turbulents. Il prenait soin tout de même d’enlever le rebord métallique pour éviter les blessures. Dans la plupart des cas, les élèves subissaient le châtiment sans dire un mot, sauf un qui simulait une perte de connaissance au désespoir du professeur.

De son côté, le directeur de la discipline de l’école se promenait avec une strappe qu’il avait récupérée d’un jeu de ballon poire. Il surveillait les récréations avec sa strappe dans les mains qu’il se frappait sur une main tout en marchant dans la cour de récréation. Une autre punition cruelle était l’obligation de se mettre à genoux les bras en croix devant la classe. La douleur dans les genoux et les bras ne tardait pas à se faire ressentir.

Un de mes pires souvenirs est celui du professeur qui le premier jour de classe nous expliquait quelle serait notre punition si nous étions indisciplinés. Il se levait et il ouvrait une fenêtre. Nous étions au troisième étage. Il prenait ensuite une chaise par les deux pattes arrière et la tenait dans le vide à travers la fenêtre tout en nous promettant que le prochain élève indiscipliné se retrouverait assis sur la même chaise. J’avoue que la démonstration était une réussite ; la classe était l’une des plus disciplinées que j’ai connue. Il faut dire que nous étions en deuxième année.

C’est quelques exemples démontrent que la création du ministère de l’Éducation en 1964 était nécessaire. Le professeur qui utilisait les règles était un laïque qui a perdu son emploi suite à la prise en charge de l’éducation par le gouvernement ; il n’avait pas les qualifications pour enseigner. Le professeur à la chaise était un religieux qui ait disparu de la circulation après une année.

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