Durant mon primaire, la religion prenait une grande place à l’école. L’Église était responsable de notre éducation au Québec. Nous sommes dans les années cinquante ; la messe du dimanche et la confession une fois par mois sont une obligation. Nous allions à la grand-messe du dimanche parce que mon père faisait partie de la chorale. J’endurais la messe du dimanche, mais je détestais aller à la confesse. Le nom des meilleurs étudiants apparaissait dans le bulletin paroissial du dimanche matin. Mon nom y est apparu plusieurs fois au grand plaisir de mes parents.
Un de mes professeurs était un fanatique. Je me souviendrai toujours du jour, un vendredi, où je suis revenu à la maison. Assis à la table pour le souper, je prends ma fourchette et je passe mon couteau entre les dents de cette dernière. Ma mère me voit faire et me demande ce que je fais. Je lui explique que je suis les instructions de mon professeur qui nous avait demandé de nous assurer qu’il n’y avait pas de viande logée entre les dents de la fourchette. Je vous rappelle qu’à cette époque il était défendu de manger de la viande le vendredi. Je ne vous donnerai pas la réaction de ma mère, mais selon les mœurs de l’époque, elle aurait dû se présenter au confessionnal le lendemain.

À Saint-Lambert, les protestants étaient en majorité et les autorités catholiques étaient en mode défensive. L’Église catholique prenait beaucoup de place dans nos vies ; elle voulait « notre bien », nous disait-elle. Nous devions à tout prix éviter de fréquenter les voisins anglophones majoritairement protestants. Je me souviens d’une fois en particulier où le directeur de l’école avait convoqué mon père à son bureau. Deux jours auparavant, j’avais manqué l’école en avant-midi. J’avais un billet de mon père qui expliquait que je devais assister à des funérailles. Lorsque mon père s’est présenté chez le directeur de l’école, ce dernier nous a expliqué qu’il avait vérifié et qu’il n’y avait pas de funérailles à l’Église catholique cette semaine-là. Mon père a expliqué que nous avions assisté aux funérailles d’un voisin à la St. Lambert United Church, une église protestante. Le directeur a rabroué mon père ; comment avait-il osé me faire entrer dans une église protestante, anglophone par surcroît ? Je ne me souviens pas de la réponse de mon père, mais la rencontre fut brève, très brève.
Je me souviens aussi du tableau avec le nom des élèves de la classe qui contribuait à l’achat de petits Chinois. Les fonds étaient destinés aux missionnaires qui travaillaient à convertir l’humanité à l’Église catholique. Aujourd’hui, c’est l’Islam qui se présente comme un message destiné à l’humanité. Quand ce n’est pas un, c’est l’autre. Plus ça change, plus c’est la même chose.