Durant mon enfance, la population de Saint-Lambert était majoritairement anglophone. Les francophones représentaient à peine 15 % de la population. La plupart d’entre nous sont devenus bilingues en jouant dans la rue avec nos voisins et dans les parcs. Je ne me souviens pas d’avoir eu à apprendre l’anglais. Aujourd’hui, ce sont les jeunes anglophones qui sont bilingues grâce à la loi 101.
J’ai toujours aimé participer à des sports. Il y avait à l’époque deux organismes responsables à Saint-Lambert. Les francophones participaient à l’OTJ, l’Organisation des terrains de jeux, qui occupait le parc Saint-Denis. Pas besoin de vous écrire que l’organisation était identifiée à l’Église catholique. Les jeunes anglophones pratiquaient leur sport sous l’égide de la CSA, la Community Sport Organisation, identifiée aux églises protestantes. Mon père m’avait inscrit au CSA pour que j’améliore mon l’anglais. Nous étions quelques francophones qui jouaient au hockey avec le CSA, ce qui ne plaisait pas aux Clercs Saint-Viateur de mon école.

Les parties se jouaient à 16 heures au parc Lespérance. Nos classes se terminaient à 15 heures, donc avec suffisamment de temps pour nous rendre à notre partie. La direction de notre école décida d’allonger l’heure de fermeture à 15 ;30 pour nous mettre des bâtons dans les roues. En contestation, nos parents nous ont fait enfiler notre équipement et notre uniforme sur l’heure du midi et nous nous présentions en classe l’après-midi ainsi vêtue. Les religieux ont compris et l’heure de fin des classes fut rétablie. J’apprendrai plus tard que la venue de francophones au CSA ne faisait pas l’unanimité.
Sur la photo de ma première équipe de hockey, je suis le sixième de la deuxième rangée avec la palette de mon bâton en l’air. Je suis debout à côté du coach, monsieur Marcoux. La photo a été prise à la patinoire du parc Lespérance. Je porte les culottes que mon père portait lorsqu’il était jeune. Je n’étais pas heureux de porter cette antiquité alors que mes confrères portaient des culottes plus modernes pour l’époque. Comme protection pour mes jambes, je portais des jambières de soccer qui elles aussi avaient appartenu à mon père.